Doyald Young
![]()
Introduction
Young est un éminent lettreur et concepteur de caractères, qui vient juste de publier un excellent ouvrage sur le dessin de caractère. Pour promouvoir son livre et sa conférence du 18 octobre 2000, nous lui avons juste demandé de répondre à quelques questions par email. En voici quelques extraits…
![]()
Adaptation d’une affiche intitulée «Parts of the letters», conçue par Doyald Young & imprimée en typographie par Patrick Reagh. Composé en ITC New Baskerville, 1762–1926, ainsi qu’avec des fleurons Monotype & une vignette de Robert Granjon, 1570.
Comment décririez-vous votre métier?
Je suppose que je me considère comme un créateur de caractères, bien que mon travail au cours des vingt dernières années ait principalement porté sur le dessin de logotypes et de titrages pour la télévision. J’ai également dessiné des livres, des annonces spéciales, des affiches et d’autres travaux similaires. J’ai enfin beaucoup travaillé pour les universités. Je suis un typophile, quelqu’un qui aime les caractères. Modestement, je suis un typographe qui poursuit son apprentissage.
![]()
![]()
Lettrage par Doyald Young sous la direction de Landor et GE.
Quand et comment avez vous découvert “l’art de la typographie” pour la première fois?
J’ai appris le lettrage à la fin des années quarante au “Los Angeles Trade technical College,” puis à l’”Art Center College of Design de Mortimer Leach, où j’enseigne aujourd’hui.
Quant à mes influences typographique, je dois dire que j”admire Hermann Zapf en premier et avant tout. Zapf est le plus créateur de caractères de notre temps, et le plus grand calligraphe qui ait jamais vécu. Morris Fuller Benton, George Bickham, Adrian Frutiger, Jan van Krimpen, Robert Middleton, Reynolds Stone et Jan Tschichold ont également été source d’inspiration. Il s’agit de dessinateurs de caractères “traditionnels.” Et le travail que je fais pour mes client est essentiellement traditionnel.
![]()
Extrait de son ouvrage.
Pouvez-vous nous décrire comment créez-vous un nouveau logotype?
La partie “How I work” dans mon livre “Fonts and Logos,” décrit très bien ma méthode (pp. 362-63)
Mon approche du dessin de logotype est quelque chose de difficile à décrire. Les clients ou les dessinateurs m’approchent d’abord avec quelques instructions. Elles peuvent être verbales et prennent parfois la forme d’esquisses. Mais elles sont le plus souvent verbales. Puis je dessine ce que je pense approprié en m’appuyant sur mes cinquante ans d’expérience de création de projets dans des domaines variés.
Dans un certain nombre de cas, il n’y a pas d’indications claires, qui viennent de la part du client ou du travail lui-même. Quoiqu’en disent les intellectuels, il existe de nombreuses façons de satisfaire les besoins du client. La discrimination vient de dessinateurs à l’esthétique limitée; le public bien souvent n’est ni éduqué, ni vraiment conscient. Je connais un exemple où un ingénieur n’avait pas remarqué la différence entre un Times Roman un Helvetica. Malgré cela, nous les dessinateurs sommes attentifs à des nuances égales au nombre d’anges sur une tête d’épingle.
Je commence toujours mes ébauches avec un crayon doux de petite taille. J’affine progressivement le dessin avant de le noircir, reproduisant les formes des courbes librement au feutre fin. Puis je scanne le dessin sélectionné et le peaufine dans Fontographer, la plupart du temps dans “une seule case,” parfois deux ou plus si le travail requiert une séparation de couleurs. Quelquefois je travaille sur Illustrator, mais pas si souvent. Selon le style, je peux dessiner une esquisse de logo en moins d’une minute—en dix minutes, je peux réaliser une composition raisonnablement aboutie. Vous ne pouvez pas faire cela sur un ordinateur, pas encore. C’est la raison pourquoi je crois que les étudiants en beaux arts devrait apprendre à dessiner. Les tablettes graphiques rendront cela possible un jour, mais pas encore. J’aime le Macintosh! Mais comme le faisait remarquer April Greiman, une bonne amie: “qui a dit que l’ordinateur était rapide? Je peux dessiner un logo à la main plus rapidement que m’échiner et bricoler avec des courbes de Bézier sur Fontographer.” La version digitale est toutefois plus flexible à utiliser dans les applications qu’une image bitmap ou papier.
![]()
Lettrage par Doyald Young.
Quels sont les liens entre votre travail quotidien et votre enseignement?
Les interactions entre mon enseignement et mon travail. Et bien, j’enseigne parce que je pense que connaître la forme des signs typographiques est important. Les graphistes ont besoin de le comprendre. Cela les rend plus performant. Qu’ ils dessinent une page de texte destiné au web, une publicité imprimée ou un logo, le lettrage joue un rôle important en design. La typographie constitue 50 à 80% de notre travail. Quand j’ai commencé à donner des cours, enseigner me forçait à clarifier mes opinions et mes idées. Cela m’a aussi forcé à être pédagogue en décrivant le processus à mes étudiants, ce qui m’a été très utile pour discuter par la suite de mon travail avec mes clients. La plupart des clients ne maîtrisent pas le vocabulaire typographique, même si maintenant de nombreux non-artistes s’intéressent aux caractères, parce qu’ils les utilisent tous les jours.
![]()
Lettrage par Doyald Young.
“Fonts and Logos” est votre second livre? Si nous ne prenons pas en compte le caractère de labeur (Sabon) et les exemples de caractères présentés, ce livre a été entièrement créé par vous: contenu éditorial, exemples reproduits, maquette et production. Est-ce parce que vous ne trouviez pas d’éditeur ou bien est-ce par souci d’avoir un contrôle complet sur votre œuvre?
“Logotypes & Letterforms,” publié par McGraw Hill en 1993, a été mon premier ouvrage. Il s’agissait d’une présentation de mes travaux. 163 logos et une douzaine d’alphabets et de caractères typographiques. Malgré des critiques très positives, ils ont fait très peu de publicité de l’ouvrage et j’ai fini par racheté le stock d’invendus que je vends maintenant principalement aux départements Beaux Arts des universités.
Trois éditeurs étaient prêts à publier “Fonts & Logos,” mais les droits d’auteurs étaient ridiculement faibles. Ils gagnaient mais pas l’auteur. C’est le cas, avec la plupart des livres commerciaux qui constituent la colonne vertébrale de la plupart des éditeurs. Les distributeurs exigent 60% du prix de vente au détail et les éditeurs offriront 10% du prix de gros à l’auteur. Et si l’auteur n’est pas le designer du livre, ils déduiront en plus les frais de conception.
Ce qu’ils ne vous disent pas, c’est que la majeure partie de leurs ventes de livres passent par les clubs de livres; par club de livre, on entend toute personne qui achète dix livres ou plus. Si votre livre fait partie des dix, vos droits d’auteurs sont réduits à 5%.
Ordinairement, tout ce que le commerce du livre rapporte à son auteur est une avance mesquine. J’ai travaillé sur “Fonts & Logos” pendant près de six ans et ai pris le risque de l’éditer et de le commercialiser moi-même. J’ai donc eu un contrôle total sur mon travail: chaque décision a été la mienne. J’ai eu un éditeur formidable qui a réellement mis mon travail en valeur. Rarement dans la vie, vous est offert la possibilité d’avoir un contrôle aussi complet sur votre travail. Les exemples sont les miens, j’ai écrit le livre, je l’ai mis en page et j’ai supervisé son impression à Hong Kong. J’ai utilisé le meilleur papier et essayé de produire le livre le plus achevé que je pouvais. Toppan printers ont fait un beau boulot et je suis fier de leurs efforts. Mais je le confesse, faire le marketing du livre est quelque chose qui coûte cher en temps et en argent
![]()
Lettrage par Doyald Young.
Pour finir, qu’aimez-vous dans la typographie française ? Qu’est-ce que les typographes français ont apporté à la création de caractères ces cinq derniers siècles?
La contribution de la France à la typographie est très importante. À Venise, le Français Nicolas Jenson a créé le caractère romain le plus réputé de tous et le caractère de Claude Garamond fait partie de toute typothèque. Philippe Grandjean et Firmin Didot ont été les précurseurs des Modernes, et quoique Suisse, Adrian Frutiger a créé l’Univers, une des linéales qui a le mieux résisté au temps du XXe siècle, pour la fonderie (française) Deberny & Peignot.
![]()
Couverture de Fonts & Logos
The Book: Fonts & Logos
by Doyald Young
If you want to understand and speak with authority about typography, Fonts & Logos offers both a foundation course and a guided path through the minefields of font and logo design. The subjects covered include: the characteristics of serif, sans serif, and script; how to space type for greatest legibility; when to use expert fonts; guidelines for choosing the right font for the job; how to construct your own fonts, and pitfalls to avoid. The analysis of 52 examples from the author’s practice, including alternative comps about the clients’ final choice, demonstrate how distinctive designs are developed from a typical font. A case study of the Prudential Insurance Company name illustrates the step-by-step process in detail. Showings of 377 time-honored fonts make Fonts & Logos a source book for font selection; historical notes on the types and their designs add depth and interest. A section of Typographic Suggestions by itself constitutes a full-fledged course on the use of type.
Fonts & Logos offers to those who use type the acquired taste and know-how of a designer who has taught for a quarter-century at one of the world’s most prestigious schools of art and has 40 years of professional experience and an international roster of clients. It is a superb reference and source book for students, educators, graphic designers, font designers, and typophiles.